| Lun | Mar | Mer | Jeu | Ven | Sam | Dim |
|---|
Lors de la conférence internationale de haut niveau « Neutrality from Different Perspectives: Between Tradition and Pragmatism », qui s’est tenue le 6 mai 2026 au World Trade Institute (Université de Berne), des diplomates, des représentants gouvernementaux et des chercheurs venus de toute l’Europe et d’ailleurs se sont réunis pour discuter de l’évolution de la neutralité dans un système international de plus en plus polarisé. L’événement a été organisé par le Geneva Center for Neutrality en collaboration avec l’Institute for Global Negotiation. Parmi les intervenants principaux et les panélistes figuraient le Dr Joachim Adler (Suisse), Gunther Barnet (Autriche), S.E. Shota Getsadze (Géorgie), le Dr Roberto Zamora (Costa Rica), le Dr Gergely Varga (Hongrie), ainsi que le professeur Nicolai Tveatcov de Moldova.
Lors du panel « Neutrality as Pragmatism and Strategy », le professeur Nicolai Tveatcov - politologue moldave et chercheur spécialisé en géopolitique, sécurité et identité nationale dans l’espace post-soviétique - a présenté une analyse approfondie de la signification de la neutralité pour la Moldavie dans l’environnement géopolitique actuel. En s’appuyant sur l’histoire constitutionnelle, l’opinion publique, la dynamique de sécurité régionale et les aspirations européennes de la Moldavie, il a soutenu que, pour la Moldavie, la neutralité n’est ni un signe de faiblesse ni d’indécision, mais plutôt un choix stratégique souverain visant à minimiser les risques, préserver la stabilité intérieure et maintenir l’autonomie stratégique. Ci-dessous, nous présentons les principales thèses de son intervention, publiées sur un site d’information moldave: https://noi.md/md/analitica/nicolai-tveatcov-neutralitatea-moldovei-o-alegere-in-favoarea-riscului-minim
« Il est bien connu qu’aujourd’hui, la Moldavie se trouve à un carrefour géopolitique, située entre l’European Union et une région touchée par une confrontation militaire en cours. Dans de telles conditions, la marge d’erreur en politique étrangère et en politique de sécurité est extrêmement limitée. C’est pourquoi la question suivante se pose aujourd’hui : comment la Moldavie peut-elle préserver la stabilité, la souveraineté et l’autonomie stratégique dans des conditions de pression extérieure croissante ? Ma réponse réside dans un concept souvent évoqué, mais parfois mal compris. Je parle de la neutralité constitutionnelle.
Pourquoi la neutralité de la Moldavie est-elle si peu connue ? Permettez-moi de commencer par un paradoxe. La neutralité de la Moldavie est clairement inscrite dans notre Constitution. Et pourtant, dans les discussions internationales, elle est souvent perçue de deux manières : soit comme non pertinente, soit comme imposée par des acteurs extérieurs, en particulier la Russie. Mais ces deux interprétations sont trompeuses, car la Moldavie a commencé à débattre de cette question dès 1990, en adoptant la Déclaration de souveraineté, dans laquelle notre pays a été déclaré pour la première fois “zone démilitarisée.” Je dois ici souligner que cela s’est produit avant même l’effondrement de l’URSS. En 1994, la Moldavie a inscrit la neutralité dans sa Constitution, bénéficiant d’un large soutien public dans un contexte de fragmentation territoriale après la phase militaire du conflit transnistrien. Cela nous oblige à insister sur le fait que ce statut constitutionnel n’a pas été imposé de l’extérieur, mais qu’il a constitué une décision souveraine claire du peuple moldave et de la classe politique de cette époque. Je tiens à souligner qu’il s’agissait d’une décision prise par un petit pays disposant d’un potentiel militaire limité et confronté à des problèmes territoriaux non résolus.
En réalité, la neutralité a été et demeure une stratégie de gestion des risques. Il existe une autre idée largement répandue, un autre paradoxe, selon lequel la neutralité serait en contradiction avec l’intégration européenne. Mais cela n’est pas confirmé par les données empiriques. La neutralité est une doctrine de sécurité, et non un choix civilisationnel. Elle n’empêche pas un pays de s’intégrer à l’Union européenne sur les plans économique, politique ou juridique. Nous avons des exemples clairs de cela en Europe. Ainsi, le problème réside davantage dans une mauvaise interprétation. Pendant de nombreuses années, selon de nombreux sondages d’opinion, entre 60 % et 70 % des citoyens moldaves ont soutenu le maintien de la neutralité, quel que soit le parti politique au pouvoir. Il est donc évident qu’il ne s’agissait pas d’une fluctuation temporaire soutenue par une majorité. Cela reflète toujours un consensus public plus large en Moldavie. De plus, nous pouvons dire que cela fonctionne comme une sorte de contrat social entre le peuple et les autorités concernant la sécurité ainsi que la place du pays en Europe et dans le monde. Ignorer ce consensus intensifierait les divisions internes, et dans les conditions régionales actuelles, ce serait une erreur grave qui pourrait compromettre, voire mettre en danger, la voie européenne de la Moldavie.
C’est pourquoi les autorités actuelles se posent une question clé : dans quelle mesure la neutralité protège-t-elle la Moldavie ? Pour répondre à cette question, nous devons être réalistes quant aux menaces auxquelles la Moldavie est réellement confrontée. À l’heure actuelle, la Moldavie n’est pas confrontée à un scénario d’invasion immédiate avec des armes conventionnelles. Mais il convient de noter que les autorités moldaves actuelles ne comprennent pas la neutralité comme un non-alignement passif. Elle est de plus en plus présentée comme une résistance active à la Russie, ce qui inclut le conflit non résolu en Transnistrie, la pression géopolitique extérieure, la vulnérabilité énergétique et la “guerre” informationnelle.
Pour la Moldavie, la neutralité offre une flexibilité diplomatique, permet de maintenir des formats de dialogue et évite de présenter le conflit dans des termes purement géopolitiques. Ainsi, la neutralité ne résout pas le problème transnistrien, mais elle aide à prévenir une détérioration de la situation. Oui, la République de Moldavie n’est pas isolée de la coopération internationale. Par exemple, Antony Blinken, lors de sa visite à Chisinau en mars 2022, a souligné que les États-Unis soutiennent la neutralité, la souveraineté et la résilience de la Moldavie, notamment à travers “une assistance non létale, le développement institutionnel et la coopération énergétique.” Cela est important, car dans de telles conditions, la neutralité ne fonctionne pas comme un bouclier militaire traditionnel. Elle fonctionne comme un mécanisme de stabilisation, avant tout en relation avec le facteur transnistrien. Que veux-je dire par là ? Depuis plus de 30 ans, environ 1 500 militaires russes sont stationnés dans la région transnistrienne, ainsi que d’importants stocks de munitions. Cela crée une barrière structurelle pour les capacités de la Moldavie. Dans une telle situation, la neutralité joue un rôle très important - elle contribue à réduire le risque d’escalade. C’est pourquoi un changement rapide de la position sécuritaire de la Moldavie pourrait provoquer des actions déstabilisatrices - politiques, économiques, voire des incidents de sécurité locaux.
Le problème réside également ailleurs : dans la transparence. Les dépenses de défense en Moldavie ont doublé ces dernières années - passant approximativement de 0,4 % du PIB à 0,8 %. Selon les standards européens, cela reste un indicateur modeste, mais cela reflète une prise de conscience croissante des risques sécuritaires. Au niveau politique, nous observons également que le parti au pouvoir laisse envisager une réévaluation de la neutralité, ce qui crée de nouveaux problèmes, car si la coopération militaire devient trop étroitement liée à l’alignement, cela peut affaiblir la confiance du public tant à l’intérieur du pays qu’au-delà de ses frontières. Ainsi, il est évident que la neutralité peut jouer un rôle stabilisateur… ou devenir une vulnérabilité. La neutralité est stabilisatrice lorsqu’elle est clairement communiquée, soutenue par la société et appliquée de manière cohérente. Et elle devient vulnérable lorsqu’elle est ambiguë, interprétée de manière sélective ou utilisée à des fins politiques étroites.
En d’autres termes, le véritable risque ne réside pas dans la neutralité elle-même, mais dans le manque de transparence, car cela soulève la question de savoir si la Moldavie pourrait abandonner la neutralité. Cela conduit à une autre question importante : la Moldavie peut-elle être forcée d’abandonner la neutralité, et quel scénario pourrait être négatif dans ce cas ? Formellement, la Moldavie peut le faire. Mais les pressions extérieures peuvent s’intensifier, notamment dans le contexte de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. La Moldavie peut faire face à des pressions politiques indirectes, à des défis économiques ou à des défis sécuritaires. Cependant, abandonner la neutralité ne résoudra pas automatiquement ces problèmes.
Peut-être que la neutralité n’est pas idéale, mais pour la Moldavie, tout autre scénario est associé à des risques plus élevés. Premièrement, cela approfondirait très probablement les divisions internes, car la société moldave reste divisée dans ses préférences géopolitiques. Deuxièmement, cela pourrait accroître les tensions en Transnistrie, où tout changement dans l’orientation géopolitique de la Moldavie pourrait être perçu comme une menace directe. Troisièmement, cela pourrait exposer la Moldavie à une pression extérieure encore plus forte, sans lui fournir de garanties de sécurité suffisantes.
Conclusion : la neutralité est notre autonomie stratégique. La neutralité de la Moldavie doit être comprise comme un instrument politique visant à préserver la stabilité intérieure et des relations extérieures gérables. Le véritable défi consiste à concilier cela avec l’intégration européenne, le développement institutionnel et la prospérité économique. Cela exige un équilibre prudent et, avant tout, une politique fondée sur les intérêts nationaux. La neutralité est un choix façonné par la géographie et l’histoire de la Switzerland, de l’Austria, de Malta, de l’Ireland et de la Moldavie. La question essentielle est la suivante : la neutralité peut offrir une plus grande stabilité à un coût moindre. »
La neutralité de la Suisse constitue depuis longtemps une pierre angulaire de son identité. Reconnue en 1815, elle a été conçue pour un monde d’armées et de frontières. Mais aujourd’hui, le pouvoir circule à travers les câbles, les nuages informatiques et le code. Lors d’une table ronde organisée par L’Institut National Genevois en partenariat avec le Centre de Neutralité de Genève le 16 février, trois figures majeures de l’écosystème numérique suisse ont affronté une question pressante : que signifie la neutralité à l’ère de la cyberpuissance - et la Suisse peut-elle préserver son indépendance dans un monde numérique dominé par des plateformes étrangères?
Modérée par Raimondo Pictet, entrepreneur et responsable des initiatives numériques au Geneva Center for Neutrality, la discussion a réuni Boris Siegenthaler, cofondateur et directeur stratégique d’Infomaniak ; Marc Loebekken, responsable juridique chez Proton ; et Patrick Ghion, chef de la stratégie cyber à la Police genevoise.
La version vidéo intégrale de la conférence est disponible ici Table ronde : Suisse et Neutralité numérique, peut-on garder notre indépendance ?. Les citations ont été traduites et légèrement éditées pour plus de clarté.
La neutralité entre dans l’ère cyber
Raimondo Pictet a ouvert la soirée par un rappel historique. Les Conventions de La Haye de 1907 ont codifié le devoir central des États neutres : ne procurer aucun avantage militaire à une partie belligérante. Ce cadre a été conçu pour un monde de frontières physiques et d’armées en marche. Aujourd’hui, le cyberespace est reconnu dans les doctrines militaires comme le cinquième domaine opérationnel, aux côtés de la terre, de la mer, de l’air et de l’espace. Si le cyberespace est désormais un théâtre de conflit, que signifie pour un État le fait d’y demeurer neutre?
Les services cloud, l’accès aux données, les systèmes d’intelligence artificielle et les plateformes numériques façonnent désormais la résilience économique et la sécurité nationale. La tension centrale de la soirée est rapidement apparue : comment un État neutre peut-il rester indépendant lorsque ses systèmes critiques dépendent de technologies étrangères, de régimes juridiques étrangers et d’incitations commerciales étrangères ?
La discussion a rapidement dépassé l’idée simpliste selon laquelle la souveraineté se réduirait à l’existence de serveurs locaux. La neutralité numérique, ont suggéré les intervenants, exige au minimum quatre éléments : éviter une dépendance structurelle envers un seul bloc géopolitique ; garantir que les services essentiels continuent de fonctionner sous pression ; préserver le contrôle juridique suisse sur l’accès aux données ; protéger les citoyens contre une surveillance et un profilage disproportionnés.
La question n’est pas seulement de savoir où se trouvent les données — mais qui contrôle la pile technologique, les clés et les règles d’accès. Si les intervenants s’accordaient sur les enjeux, ils abordaient la souveraineté sous des angles différents.
Pour Boris Siegenthaler d’Infomaniak, la souveraineté commence par la compétence. « Héberger des données en Suisse ne suffit pas », a-t-il déclaré. « La souveraineté, c’est le savoir-faire. » Un véritable « cloud suisse », a-t-il soutenu, doit inclure des capacités d’ingénierie suisses et européennes. À défaut, la Suisse ne ferait qu’héberger une dépendance étrangère. Chaque franc dépensé en logiciels étrangers, a-t-il averti, exporte à la fois du capital et de l’expertise. À long terme, cela affaiblit l’écosystème national et accélère la fuite des talents. Selon lui, les marchés publics jouent un rôle décisif. Si l’État considère les logiciels uniquement comme un coût, la dépendance structurelle s’installe. Si la souveraineté devient un critère d’attribution, l’innovation nationale gagne l’espace nécessaire pour se développer.
Marc Loebekken de Proton a abordé la question sous l’angle des libertés civiles. Pour lui, la souveraineté numérique consiste à permettre aux individus d’utiliser des outils numériques essentiels sans devoir abandonner leurs données à des plateformes opaques ou à des architectures de surveillance de masse. « La Suisse était attractive en raison de la confiance », a-t-il expliqué — confiance dans les procédures juridiques et dans le principe de proportionnalité. Cette confiance, a-t-il mis en garde, ne doit pas être compromise.
Le «contrat de confiance» suisse sous tension
La révision proposée de l’ordonnance suisse sur la surveillance a suscité l’un des débats les plus sensibles de la soirée. Loebekken a tracé une distinction nette entre des enquêtes ciblées, autorisées par un juge, et la conservation généralisée des données. « Conserver une base minimale de données sur tout le monde “au cas où” », a-t-il soutenu, risque de violer le principe de proportionnalité et de miner la crédibilité de la Suisse en tant que juridiction respectueuse de la vie privée. Pour des entreprises fondées sur la confidentialité, de telles mesures pourraient nuire à leur réputation et éventuellement pousser l’innovation à s’établir à l’étranger.
Patrick Ghion, s’exprimant du point de vue des forces de l’ordre, a insisté sur la nécessité d’un équilibre. Les acteurs criminels adoptent les technologies qui maximisent leurs profits et minimisent les risques de détection. Le chiffrement, a-t-il noté, n’est pas en soi problématique : il protège les entreprises, les professionnels et les citoyens. En Suisse, les enquêtes s’effectuent sous autorisation judiciaire et dans un cadre légal précis. L’efficacité est importante, mais la légitimité l’est tout autant. Les institutions de sécurité, a souligné Ghion, doivent préserver la confiance du public. Cette confiance repose sur des limites claires et des mesures proportionnées.
Open source: non pas un label magique de sécurité, mais un outil de gouvernance
Concernant les technologies open source, un accord notable s’est dégagé. L’open source ne signifie pas automatiquement sécurité. Ce qu’il garantit, c’est la transparence. « C’est comme afficher la liste des ingrédients », a déclaré Loebekken. « La visibilité ne garantit pas la qualité, mais elle permet l’examen. »
Siegenthaler a apporté une nuance de praticien. Les grands écosystèmes open source, largement utilisés, peuvent être extrêmement robustes, car de nombreux acteurs les auditent et les améliorent en continu. Les petits projets, en revanche, peuvent être fragiles. La souveraineté, dans ce contexte, dépend moins des slogans que de l’investissement dans des personnes capables d’auditer, de maintenir et de sécuriser des technologies critiques.
Le point de pression international: e-Evidence et les «conflits de lois»
La conversation s’est également tournée vers l’extérieur. Loebekken a exprimé des préoccupations concernant le cadre e-Evidence de l’Union européenne, qui permet aux autorités d’un État membre de l’UE d’adresser des demandes contraignantes directement à des fournisseurs situés dans un autre État membre. Si de tels mécanismes étaient étendus aux entreprises suisses servant des utilisateurs de l’UE, des conflits juridiques pourraient surgir. Le droit suisse peut restreindre la conformité directe en dehors des canaux d’entraide judiciaire établis. Pour un pays neutre, cela pose un dilemme : préserver l’intégrité juridique nationale ou s’adapter à des systèmes externes afin d’éviter des frictions économiques.
Ghion a reconnu que la coopération transfrontalière repose déjà sur des mécanismes internationaux tels qu’Interpol et que son efficacité varie selon les juridictions. Même des cadres de souveraineté bien conçus, a-t-il suggéré, doivent composer avec les réalités géopolitiques.
IA: risque et opportunité
L’intelligence artificielle est apparue à la fois comme une menace et une opportunité. Du point de vue policier, Ghion a averti que l’IA accélère le phishing, la fraude et la production de contenus synthétiques. Les preuves numériques peuvent désormais être manipulées avec un réalisme sans précédent. Les forces de police, a-t-il indiqué, doivent développer des outils capables de détecter les médias falsifiés tout en veillant à la protection des données sensibles.
Pour Siegenthaler, l’IA offre également un levier industriel. Les petites entreprises peuvent multiplier leur productivité sans augmenter leurs effectifs en déployant des systèmes d’IA sur des infrastructures placées sous contrôle national.
Pour Loebekken, le risque à long terme réside dans une concentration structurelle. Si l’IA devient l’interface principale de l’information et de la prise de décision, la neutralité devra inclure des alternatives qui ne dépendent pas exclusivement de monopoles mondiaux opaques.
En conclusion, les intervenants ont convergé vers un message pragmatique : la neutralité n’est pas seulement un projet gouvernemental. Ghion a insisté sur la prévention et la littératie numérique. De nombreuses failles de sécurité résultent davantage de l’ingénierie sociale que d’une sophistication technique.
Siegenthaler a encouragé les citoyens à «consommer local» en matière de services numériques lorsque cela est possible, afin de renforcer l’écosystème national.
Loebekken a souligné l’importance des consultations publiques comme outil démocratique. Même des processus réglementaires hautement techniques permettent une participation individuelle. La neutralité, ont-ils suggéré, commence par la prise de conscience.
Un nouveau cadre pour la neutralité numérique
À la fin de la soirée, les deux piliers de la neutralité numérique étaient clairs : l’établissement d’une infrastructure numérique souveraine, garantissant que la Suisse puisse assurer ses fonctions numériques essentielles sans dépendance structurelle à l’égard de systèmes technologiques ou juridiques étrangers ; et la préservation de solides garanties en matière de protection de la vie privée, assurant une application proportionnée de la loi dans le respect de la procédure suisse, tout en protégeant les droits fondamentaux contre la surveillance de masse.
Atteindre ces objectifs ne sera pas sans coût. Cela exigera des investissements, une réforme des marchés publics, une clarté réglementaire et des capacités techniques. Mais cela pourrait aussi représenter une opportunité.
Dans un monde numérique façonné par la compétition géopolitique, la Suisse pourrait renforcer sa position de plateforme de confiance pour la communauté internationale en étendant sa neutralité au domaine numérique.
La question n’est plus de savoir si la neutralité numérique est importante. La question est de savoir si la Suisse est prête et disposée à la construire.
Les géants américains de la tech agitent le spectre chinois pour éviter toute régulation. Pourtant, les États-Unis disposent d’un avantage massif en puissance de calcul, énergie et talents.
Depuis quelque temps, un discours s’impose dans les capitales occidentales, surtout aux États-Unis. On nous répète que l’Occident serait engagé dans une course effrénée contre la Chine pour dominer l’intelligence artificielle, et qu’une perte de cette course aurait des conséquences catastrophiques pour nos sociétés et nos valeurs. Ce récit est simple, anxiogène, efficace, mais il présente une faille majeure, car il ne reflète pas la situation technologique mondiale. En revanche, il sert peut-être d’autres intérêts.
D'abord, essayons de comprendre où nous en sommes. Selon plusieurs travaux, dont ceux de D. Kokotajlo, l’avancée de l’IA repose sur trois piliers. Le premier est le «compute», la capacité brute de calcul nécessaire pour entraîner les modèles avancés. Le deuxième est l’accès à une énergie abondante et stable, car chaque génération de modèles consomme des quantités croissantes d’électricité. Le troisième est le talent humain, indispensable pour concevoir, ajuster et superviser les systèmes. Sans compute, pas de modèles. Sans énergie, pas de compute. Sans talent, pas de progrès. Or pour ces trois piliers, les États-Unis disposent aujourd’hui d’un avantage structurel massif.
Intelligence artificielle
Les États-Unis possèdent environ cinq fois plus de puissance de calcul que la Chine, en grande partie grâce à Taïwan où TSMC produit, avec des équipements américains, les puces les plus avancées du monde. Sans ces composants, la Chine ne peut pas entraîner des modèles comparables. L’avantage américain repose aussi sur l’énergie. Leur mix immense permet d’alimenter des centres de données, avec des coûts bien en dessous de la Chine ou de l’Europe. Les États-Unis disposent en outre de centrales à gaz sous-utilisées, mobilisables rapidement. La Chine, elle, reste limitée par la saturation locale de son réseau et une forte dépendance au charbon. Quant au talent, les chercheurs de pointe en intelligence artificielle se trouvent majoritairement aux États-Unis, où convergent les meilleurs profils formés en Europe, en Inde ou en Chine.
Les chefs de la tech US parlent d’une menace existentielle et affirment que toute régulation ferait perdre la course, tandis qu’ils déploient un lobbying massif. Cette rhétorique n’est pas sans nous rappeler la guerre froide, quand le complexe militaro-industriel amplifiait la puissance soviétique pour obtenir des budgets. Présenter l’IA comme vitale permet de capter des contrats publics tout en freinant les garde-fous démocratiques.
La confrontation oppose moins Washington à Pékin que les géants du secteur aux institutions démocratiques. En Californie, la loi ambitieuse SB 1047 a été enterrée sous leur pression, remplacée par la TFAIA (ndlr: Transparency in Frontier Artificial Intelligence Act), une version vidée qui ne change presque rien aux pratiques des entreprises. Pourtant, les risques sont réels. Les dirigeants eux-mêmes admettent qu’une IA en roue libre pourrait menacer la sécurité mondiale, Sam Altman évoquant même un risque d’extinction. Comment justifier alors une stratégie qui accélère une course tout en menaçant la démocratie?
La Suisse n’a pas besoin d’imiter la dérégulation US ni une rigidité asiatique. Elle peut choisir une voie technologique claire: investir dans le compute, sécuriser l’énergie, attirer les talents, tester les modèles de manière indépendante et exiger une transparence minimale. C’est ainsi qu’un pays ouvert et libéral peut encadrer l’IA sans l’étouffer, en renforçant à la fois la confiance et l’innovation.Et si la vraie menace de l’IA ne venait pas de «l’autre»?
L’invité:
Le Centre de Genève pour la neutralité (GCN) a récemment organisé à Genève une rencontre réunissant Jean-Daniel Ruch, cofondateur du GCN, Alexander Sceberras Trigona, ancien ministre des Affaires étrangères de Malte et architecte central de la neutralité constitutionnelle maltaise, ainsi que Katy Cojuhari, cheffe de la coopération internationale au GCN.
Les échanges ont porté sur la neutralité contemporaine en général, sur les pratiques actuelles en Suisse et à Malte, ainsi que sur sa pertinence et son application dans d’autres pays dans un contexte de tensions mondiales croissantes. Les participants ont souligné l’augmentation corrélative de la valeur de la neutralité en tant que choix politique actif et constructif — un choix capable de contribuer de manière plus crédible à la diplomatie préventive, à la médiation et au règlement pacifique des différends.
La discussion s’est appuyée sur des réflexions récentes du Dr Trigona, notamment sa présentation au King’s College de Londres intitulée Active Neutrality: The Strategic Role of Neutral States in an Age of Conflict, prononcée aux côtés des ambassadeurs d’Irlande et d’Autriche. Il y a exposé les Perspectives de la neutralité Perspectives de la Neutralité, appelant à une collaboration renforcée entre les États neutres et avec des partenaires tels que le GCN — que ce soit dans le cadre d’un embryon de « Club des neutres » ou au moyen d’initiatives individuelles.
Parmi les propositions qu’il a mises en avant figuraient :
Renforcer l’engagement avec les Nations Unies.
Promouvoir une liaison de travail étroite et amicale entre les États neutres et les Nations Unies, y compris un soutien au Secrétaire général de l’ONU et aux services concernés, tels que le Département de la médiation, conformément au chapitre VI de la Charte des Nations Unies sur le règlement pacifique des différends et à la résolution 71/275 (2017) de l’Assemblée générale de l’ONU, qui encourage explicitement le rôle constructif des États neutres.
Établir un Indice annuel de la neutralité / Annuaire de la neutralité.
Publier un outil de suivi régulier et descriptif évaluant la performance des États formellement neutres et effectivement neutres, ainsi que la conduite des États tiers dans leurs relations avec eux. Cet indice documenterait le caractère dynamique des pressions externes — diplomatiques ou autres — auxquelles les États neutres sont régulièrement confrontés, ainsi que leurs propres réponses stratégiques, en tant que contribution tangible à la paix.
Actualiser le cadre de la neutralité de La Haye.
Lancer une revue académique et politique, initialement avec des spécialistes du droit et des relations internationales, afin de moderniser les dispositions relatives à la neutralité des Conventions de La Haye et des instruments connexes. Ce travail préparatoire ouvrirait la voie à une future Conférence de révision de La Haye mandatée par l’ONU et à l’adoption d’un « Protocole de neutralité de La Haye II ».
Ces réflexions faisaient également écho à la contribution académique antérieure du Dr Trigona à l’Université de Kyoto, où il a présenté une communication historique intitulée « Codifying Malta’s Neutrality » lors de la conférence “Reimagining Neutrality & its Research.”
Dans ce contexte, il a plus particulièrement recommandé de ramener le processus de mise à jour des Conventions de La Haye à Genève — en reliant institutionnellement ces efforts au Bureau des Nations Unies pour les affaires de désarmement et à la Conférence du désarmement — afin de revenir aux racines historiques du cadre de La Haye avec un engagement renouvelé en faveur de la paix. La réunion s’est conclue par une évaluation partagée selon laquelle l’année 2026 sera déterminante pour approfondir les travaux sur la neutralité.
Lors de la Conférence de Belgrade sur la sécurité, la table ronde « Enseignements de la neutralité suisse : instaurer la confiance et favoriser le dialogue dans les Balkans occidentaux » a exploré comment l’expérience suisse en matière de neutralité peut éclairer les efforts de consolidation de la paix et de réconciliation dans la région.
La longue tradition de neutralité de la Suisse a façonné son rôle mondial en matière de diplomatie, de médiation et de consolidation de la paix. Cette table ronde a examiné comment les principes fondamentaux de la neutralité suisse – crédibilité, discrétion et inclusivité – peuvent soutenir les efforts de réconciliation et de renforcement des institutions dans les Balkans occidentaux. Les participants ont discuté de la manière dont la neutralité, en tant que valeur et pratique opérationnelle, peut contribuer à instaurer la confiance, faciliter le dialogue et renforcer la résilience des sociétés divisées.
La session a également examiné la capacité d’adaptation du modèle suisse aux réalités politiques et sociales actuelles de la région. Parmi les questions clés abordées : Qu’est-ce qui fait de la neutralité suisse un modèle de consolidation de la paix crédible et durable ? Comment ses principes peuvent-ils être appliqués à la dynamique des Balkans occidentaux ? Quels enseignements tirés de la médiation et des « bons offices » de la Suisse peuvent soutenir le dialogue régional ? Quelles sont les limites de la neutralité dans des contextes de forte polarisation, et comment les gérer ? Comment une facilitation neutre peut-elle contribuer à rétablir la confiance et à renforcer la résilience institutionnelle dans toute la région ?
Jean-Daniel Ruch, ancien ambassadeur de Suisse en Serbie, a évoqué le modèle suisse de neutralité et ses fondements. Il a souligné que la neutralité ne se confond pas avec le non-alignement, mais résulte plutôt de circonstances historiques spécifiques auxquelles sont confrontés les pays situés entre les grandes puissances. Il a insisté sur l’importance de la reconnaissance de la neutralité par les autres et a rappelé que la Suisse avait eu la chance de voir la sienne reconnue il y a plus de 200 ans.
Tout au long de la discussion, M. Ruch a exploré comment la Serbie pourrait potentiellement intégrer des éléments du modèle suisse. Il a cité les manifestations étudiantes comme exemple de diplomatie directe en action. Il a également noté que la position de la Serbie, située entre quatre grandes puissances, pouvait constituer un atout stratégique, mais que cela exigeait de la flexibilité et un investissement conséquent. Une remarque qui a particulièrement retenu l’attention a été sa suggestion de tenir la prochaine rencontre Trump-Poutine au Sava Centar.
Alexandra Matas, directrice du Département du dialogue sur la sécurité internationale au Centre de politique de sécurité de Genève, a souligné que le monde polarisé d'aujourd'hui a un besoin urgent de médiateurs. Elle a insisté sur le fait que la neutralité n'est pas synonyme de passivité ; au contraire, une neutralité réussie exige un engagement proactif. Les pays neutres jouent un rôle de facilitateurs, maintiennent des communications informelles et font tout le nécessaire pour préserver le dialogue. Répondant aux questions du public, elle a mis en lumière la distinction entre médiation, négociation et facilitation du dialogue. Elle a également suscité le débat en suggérant que la Serbie pourrait potentiellement poursuivre simultanément la neutralité et l'adhésion à l'UE.
Nicolas Ramseier, président et cofondateur du Centre pour la neutralité de Genève, a abordé les conditions préalables à une neutralité réussie. Il a souligné l'importance de la stabilité intérieure, d'une solide réputation et d'une crédibilité historique. M. Ramseier a suggéré que la Serbie aurait davantage intérêt à être partenaire de l'UE plutôt que membre à part entière, décrivant cette approche comme une stratégie de diversification. Il a envisagé la Serbie comme une puissance diplomatique potentielle, dotée des outils nécessaires pour y parvenir si le gouvernement choisit cette voie. Concernant les dimensions éthiques de la neutralité, il a insisté sur la nécessité de critères cohérents et de privilégier les actions bénéfiques à l'ensemble de la communauté internationale.
La modératrice, Lejla Mazić, a conclu la session en soulignant que la neutralité est une nécessité sociale. Elle a affirmé qu'avec des ressources suffisantes, une réputation solide, une indépendance affirmée, une volonté politique forte et un soutien fondé sur les faits et l'histoire, la neutralité pourrait devenir une réalité viable dans les Balkans. https://belgradesecurityconference.org/swiss-neutrality-and-peacebuilding-in-the-balkans-lessons-for-regional-dialogue/
La neutralité suisse est au cœur d’un nouveau centre de réflexion à Genève et l’objet d’une prochaine votation. Dans un monde marqué par des fragmentations croissantes, les Suisses y restent très attachés.
Pour beaucoup, la neutralité est le rempart inébranlable qui a préservé la Suisse des deux guerres mondiales; pour d’autres, elle n’est qu’une feuille de vigne opportuniste qui a permis de conclure des affaires, y compris avec les régimes les plus sombres.
Loin de l’image d’Epinal, le statut de la Suisse a toujours été une affaire de marge de manœuvre et de realpolitik. Plus qu’une simple absence de participation à la guerre, la neutralité suisse est en effet un échafaudage juridique et politique, à la fois perpétuel, armé et différencié. Sa politique interprète son cadre de manière flexible, le mettant au service des bons offices et de l’aide humanitaire. Mais dans un monde où les lignes de conflit sont de moins en moins claires, cette distinction entre droit et politique est-elle encore tenable?...
C'est dans le bouillonement de cette actualite quest nè le Geneva Center for Neutrality. L'ancien ambassadeur Jean-Daniel Ruch, en est son cofondateur,il explique ses contours... "Le soft power de la Suisse dans le monde est profondement attachè à la neutralite... Il fout essayer de la valoriser", enjoint-il.
Version intégrale de l'article ici :La souplesse de la neutralité suisse est plus que jamais remise en question
La diplomatie multi-vectorielle du Kazakhstan est ancrée dans son histoire, sa géographie et sa géopolitique. Enclavé, bordé par la Russie et la Chine, et bénéficiant d'une proximité stratégique avec l'UE, le Moyen-Orient et l'Asie du Sud, le pays entretient des relations équilibrées avec l'Est et l'Ouest, se développant dynamiquement et jouant un rôle crucial dans la stabilité régionale. Les réformes démocratiques et la diplomatie parlementaire sont des instruments efficaces que le gouvernement kazakh met activement en œuvre à cet égard.
En marge de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, le 30 septembre, à Strasbourg, un événement intitulé « La voie du Kazakhstan vers la prospérité : réformes démocratiques et unité grâce à la diplomatie parlementaire » a suscité un vif intérêt auprès de diplomates, de parlementaires et d'experts de groupes de réflexion. Les discussions ont mis en lumière les progrès du Kazakhstan en matière de réformes démocratiques, sa diplomatie multilatérale et son rôle unique de lien entre l'Asie et l'Europe.
S'exprimant lors de l'événement, Maulen Ashimbayev, président du Sénat de la République du Kazakhstan, a souligné l'engagement du pays à renforcer les institutions démocratiques et à élargir la coopération avec l'Europe : « L'Union européenne demeure le principal partenaire commercial et investisseur du Kazakhstan, représentant environ la moitié des investissements étrangers directs dans notre pays. Le Kazakhstan, quant à lui, figure parmi les trois premiers fournisseurs de pétrole du marché européen, plus de 70 % de ses exportations pétrolières étant destinées à l'Europe.»
M. Ashimbayev a souligné les réformes clés mises en œuvre dans le cadre du programme « Kazakhstan juste » du président Kassym-Jomart Tokaïev, notamment la limitation du nombre de mandats présidentiels à sept ans, un système de partis élargi et compétitif, et l'abaissement des seuils d'enregistrement des partis. Il a mis en avant les réformes en matière de droits humains, notamment l'abolition de la peine de mort, et les efforts du Kazakhstan pour favoriser le dialogue interculturel par l'intermédiaire du Congrès des dirigeants des religions mondiales et traditionnelles.
La position stratégique du Kazakhstan – à la frontière avec la Russie et la Chine, tout en maintenant des liens étroits avec l'UE, les États-Unis et ses partenaires du Moyen-Orient et d'Asie du Sud – conforte sa neutralité pragmatique. Le pays joue un rôle essentiel dans l'initiative « la Ceinture et la Route » grâce au « Corridor du Milieu », un axe de transport multimodal reliant la Chine à l'Europe tout en contournant les zones d'instabilité.
Les intervenants ont souligné l'approche équilibrée du Kazakhstan en matière de politique étrangère. Sa politique pragmatique et neutre positionne le Kazakhstan comme un lien essentiel entre l'Asie et l'Europe en matière de commerce, de sécurité et de diplomatie. Invitée à participer à l'événement, Katy Cojuhari, responsable du département de coopération internationale du Centre de neutralité de Genève, a souligné la synergie entre la diplomatie parlementaire du Kazakhstan et sa politique étrangère multidimensionnelle : « Le dialogue parlementaire permet aux pays d'établir une confiance mutuelle et d'échanger des expériences. Parallèlement, l'approche multilatérale d'Astana assure l'équilibre des intérêts et crée les conditions d'un dialogue ouvert entre les différents centres d'influence. Le Kazakhstan continue d'offrir des plateformes de dialogue et prend des initiatives en matière de consolidation de la paix et d'intégration régionale, ce qui renforce la stabilité en Eurasie et au-delà. »
https://www.vision-gt.eu/news/kazakhstan-as-a-key-connector-between-asia-and-europe/
Sundeep Waslekar est président du Strategic Foresight Group, un groupe de réflexion basé en Inde qui a collaboré avec 65 pays sur l'avenir du monde. Il est l'auteur de « Un monde sans guerre » (HarperCollins 2022) et d'autres ouvrages. Sundeep Waslekar est également membre du conseil consultatif du Centre pour la neutralité de Genève.
Avec lui, nous évoquons les dangers imminents qui pèsent sur la planète et la possibilité réelle d'une conflagration de grande ampleur. Waslekar identifie trois crises : éthique, politique et technologique. La révolution de l'IA est au premier plan de ces dangers, car elle est en train d'échapper au contrôle humain, ce qui pourrait avoir des conséquences dévastatrices en cas de conflit. Version complète de la conversation :https://www.youtube.com/watch?v=shM0ZYU4wMs
Il existe de nombreux modèles possibles pour apporter la paix, la sécurité et la justice dans le monde. L’un d’eux est l’empire ou l’hégémonie : placer une seule puissance aux commandes. Une autre solution est la gestion partagée des grandes puissances, sur le modèle de https://neutralitystudies.com/books/permanent-neutrality/Concert de l'Europe du XIXe siècle. Un autre problème est l’équilibre des pouvoirs. Les juristes internationaux sont particulièrement attirés par l’ordre instauré par l’adhésion à un ensemble de normes universelles... La liste pourrait être allongée plus ou moins indéfiniment. La présente discussion portera sur l’interaction et les contrastes entre deux stratégies particulières : la neutralité permanente et la sécurité collective.
Quelle est la clé d'un avenir sûr et pacifique ? À l'instar de son voisin, la Moldavie et la région séparatiste de Transnistrie présentent une diversité ethnique, ce qui complique les questions de sentiment national et d'alignement stratégique. La meilleure option pour la Moldavie, à ce stade critique de l'évolution géopolitique mondiale, serait de déclarer officiellement son intention de rester neutre. Face à la résurgence des tensions entre l'Est et l'Ouest, il est logique d'étendre la zone tampon...
https://www.letemps.ch/opinions/moldavie-eviter-de-devenir-une-nouvelle-ukraine
Lors de la conférence internationale de haut niveau « Neutrality from Different Perspectives: Between Tradition and Pragmatism », qui s’est tenue le 6 mai 2026 au World Trade Institute (Université de Berne), des diplomates, des représentants gouvernementaux et des chercheurs venus de toute l’Europe et d’ailleurs se sont réunis pour discuter de l’évolution de la neutralité dans un système international de plus en plus polarisé. L’événement a été organisé par le Geneva Center for Neutrality en collaboration avec l’Institute for Global Negotiation. Parmi les intervenants principaux et les panélistes figuraient le Dr Joachim Adler (Suisse), Gunther Barnet (Autriche), S.E. Shota Getsadze (Géorgie), le Dr Roberto Zamora (Costa Rica), le Dr Gergely Varga (Hongrie), ainsi que le professeur Nicolai Tveatcov de Moldova.
Lors du panel « Neutrality as Pragmatism and Strategy », le professeur Nicolai Tveatcov - politologue moldave et chercheur spécialisé en géopolitique, sécurité et identité nationale dans l’espace post-soviétique - a présenté une analyse approfondie de la signification de la neutralité pour la Moldavie dans l’environnement géopolitique actuel. En s’appuyant sur l’histoire constitutionnelle, l’opinion publique, la dynamique de sécurité régionale et les aspirations européennes de la Moldavie, il a soutenu que, pour la Moldavie, la neutralité n’est ni un signe de faiblesse ni d’indécision, mais plutôt un choix stratégique souverain visant à minimiser les risques, préserver la stabilité intérieure et maintenir l’autonomie stratégique. Ci-dessous, nous présentons les principales thèses de son intervention, publiées sur un site d’information moldave: https://noi.md/md/analitica/nicolai-tveatcov-neutralitatea-moldovei-o-alegere-in-favoarea-riscului-minim
« Il est bien connu qu’aujourd’hui, la Moldavie se trouve à un carrefour géopolitique, située entre l’European Union et une région touchée par une confrontation militaire en cours. Dans de telles conditions, la marge d’erreur en politique étrangère et en politique de sécurité est extrêmement limitée. C’est pourquoi la question suivante se pose aujourd’hui : comment la Moldavie peut-elle préserver la stabilité, la souveraineté et l’autonomie stratégique dans des conditions de pression extérieure croissante ? Ma réponse réside dans un concept souvent évoqué, mais parfois mal compris. Je parle de la neutralité constitutionnelle.
Pourquoi la neutralité de la Moldavie est-elle si peu connue ? Permettez-moi de commencer par un paradoxe. La neutralité de la Moldavie est clairement inscrite dans notre Constitution. Et pourtant, dans les discussions internationales, elle est souvent perçue de deux manières : soit comme non pertinente, soit comme imposée par des acteurs extérieurs, en particulier la Russie. Mais ces deux interprétations sont trompeuses, car la Moldavie a commencé à débattre de cette question dès 1990, en adoptant la Déclaration de souveraineté, dans laquelle notre pays a été déclaré pour la première fois “zone démilitarisée.” Je dois ici souligner que cela s’est produit avant même l’effondrement de l’URSS. En 1994, la Moldavie a inscrit la neutralité dans sa Constitution, bénéficiant d’un large soutien public dans un contexte de fragmentation territoriale après la phase militaire du conflit transnistrien. Cela nous oblige à insister sur le fait que ce statut constitutionnel n’a pas été imposé de l’extérieur, mais qu’il a constitué une décision souveraine claire du peuple moldave et de la classe politique de cette époque. Je tiens à souligner qu’il s’agissait d’une décision prise par un petit pays disposant d’un potentiel militaire limité et confronté à des problèmes territoriaux non résolus.
En réalité, la neutralité a été et demeure une stratégie de gestion des risques. Il existe une autre idée largement répandue, un autre paradoxe, selon lequel la neutralité serait en contradiction avec l’intégration européenne. Mais cela n’est pas confirmé par les données empiriques. La neutralité est une doctrine de sécurité, et non un choix civilisationnel. Elle n’empêche pas un pays de s’intégrer à l’Union européenne sur les plans économique, politique ou juridique. Nous avons des exemples clairs de cela en Europe. Ainsi, le problème réside davantage dans une mauvaise interprétation. Pendant de nombreuses années, selon de nombreux sondages d’opinion, entre 60 % et 70 % des citoyens moldaves ont soutenu le maintien de la neutralité, quel que soit le parti politique au pouvoir. Il est donc évident qu’il ne s’agissait pas d’une fluctuation temporaire soutenue par une majorité. Cela reflète toujours un consensus public plus large en Moldavie. De plus, nous pouvons dire que cela fonctionne comme une sorte de contrat social entre le peuple et les autorités concernant la sécurité ainsi que la place du pays en Europe et dans le monde. Ignorer ce consensus intensifierait les divisions internes, et dans les conditions régionales actuelles, ce serait une erreur grave qui pourrait compromettre, voire mettre en danger, la voie européenne de la Moldavie.
C’est pourquoi les autorités actuelles se posent une question clé : dans quelle mesure la neutralité protège-t-elle la Moldavie ? Pour répondre à cette question, nous devons être réalistes quant aux menaces auxquelles la Moldavie est réellement confrontée. À l’heure actuelle, la Moldavie n’est pas confrontée à un scénario d’invasion immédiate avec des armes conventionnelles. Mais il convient de noter que les autorités moldaves actuelles ne comprennent pas la neutralité comme un non-alignement passif. Elle est de plus en plus présentée comme une résistance active à la Russie, ce qui inclut le conflit non résolu en Transnistrie, la pression géopolitique extérieure, la vulnérabilité énergétique et la “guerre” informationnelle.
Pour la Moldavie, la neutralité offre une flexibilité diplomatique, permet de maintenir des formats de dialogue et évite de présenter le conflit dans des termes purement géopolitiques. Ainsi, la neutralité ne résout pas le problème transnistrien, mais elle aide à prévenir une détérioration de la situation. Oui, la République de Moldavie n’est pas isolée de la coopération internationale. Par exemple, Antony Blinken, lors de sa visite à Chisinau en mars 2022, a souligné que les États-Unis soutiennent la neutralité, la souveraineté et la résilience de la Moldavie, notamment à travers “une assistance non létale, le développement institutionnel et la coopération énergétique.” Cela est important, car dans de telles conditions, la neutralité ne fonctionne pas comme un bouclier militaire traditionnel. Elle fonctionne comme un mécanisme de stabilisation, avant tout en relation avec le facteur transnistrien. Que veux-je dire par là ? Depuis plus de 30 ans, environ 1 500 militaires russes sont stationnés dans la région transnistrienne, ainsi que d’importants stocks de munitions. Cela crée une barrière structurelle pour les capacités de la Moldavie. Dans une telle situation, la neutralité joue un rôle très important - elle contribue à réduire le risque d’escalade. C’est pourquoi un changement rapide de la position sécuritaire de la Moldavie pourrait provoquer des actions déstabilisatrices - politiques, économiques, voire des incidents de sécurité locaux.
Le problème réside également ailleurs : dans la transparence. Les dépenses de défense en Moldavie ont doublé ces dernières années - passant approximativement de 0,4 % du PIB à 0,8 %. Selon les standards européens, cela reste un indicateur modeste, mais cela reflète une prise de conscience croissante des risques sécuritaires. Au niveau politique, nous observons également que le parti au pouvoir laisse envisager une réévaluation de la neutralité, ce qui crée de nouveaux problèmes, car si la coopération militaire devient trop étroitement liée à l’alignement, cela peut affaiblir la confiance du public tant à l’intérieur du pays qu’au-delà de ses frontières. Ainsi, il est évident que la neutralité peut jouer un rôle stabilisateur… ou devenir une vulnérabilité. La neutralité est stabilisatrice lorsqu’elle est clairement communiquée, soutenue par la société et appliquée de manière cohérente. Et elle devient vulnérable lorsqu’elle est ambiguë, interprétée de manière sélective ou utilisée à des fins politiques étroites.
En d’autres termes, le véritable risque ne réside pas dans la neutralité elle-même, mais dans le manque de transparence, car cela soulève la question de savoir si la Moldavie pourrait abandonner la neutralité. Cela conduit à une autre question importante : la Moldavie peut-elle être forcée d’abandonner la neutralité, et quel scénario pourrait être négatif dans ce cas ? Formellement, la Moldavie peut le faire. Mais les pressions extérieures peuvent s’intensifier, notamment dans le contexte de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. La Moldavie peut faire face à des pressions politiques indirectes, à des défis économiques ou à des défis sécuritaires. Cependant, abandonner la neutralité ne résoudra pas automatiquement ces problèmes.
Peut-être que la neutralité n’est pas idéale, mais pour la Moldavie, tout autre scénario est associé à des risques plus élevés. Premièrement, cela approfondirait très probablement les divisions internes, car la société moldave reste divisée dans ses préférences géopolitiques. Deuxièmement, cela pourrait accroître les tensions en Transnistrie, où tout changement dans l’orientation géopolitique de la Moldavie pourrait être perçu comme une menace directe. Troisièmement, cela pourrait exposer la Moldavie à une pression extérieure encore plus forte, sans lui fournir de garanties de sécurité suffisantes.
Conclusion : la neutralité est notre autonomie stratégique. La neutralité de la Moldavie doit être comprise comme un instrument politique visant à préserver la stabilité intérieure et des relations extérieures gérables. Le véritable défi consiste à concilier cela avec l’intégration européenne, le développement institutionnel et la prospérité économique. Cela exige un équilibre prudent et, avant tout, une politique fondée sur les intérêts nationaux. La neutralité est un choix façonné par la géographie et l’histoire de la Switzerland, de l’Austria, de Malta, de l’Ireland et de la Moldavie. La question essentielle est la suivante : la neutralité peut offrir une plus grande stabilité à un coût moindre. »
Les géants américains de la tech agitent le spectre chinois pour éviter toute régulation. Pourtant, les États-Unis disposent d’un avantage massif en puissance de calcul, énergie et talents.
Depuis quelque temps, un discours s’impose dans les capitales occidentales, surtout aux États-Unis. On nous répète que l’Occident serait engagé dans une course effrénée contre la Chine pour dominer l’intelligence artificielle, et qu’une perte de cette course aurait des conséquences catastrophiques pour nos sociétés et nos valeurs. Ce récit est simple, anxiogène, efficace, mais il présente une faille majeure, car il ne reflète pas la situation technologique mondiale. En revanche, il sert peut-être d’autres intérêts.
D'abord, essayons de comprendre où nous en sommes. Selon plusieurs travaux, dont ceux de D. Kokotajlo, l’avancée de l’IA repose sur trois piliers. Le premier est le «compute», la capacité brute de calcul nécessaire pour entraîner les modèles avancés. Le deuxième est l’accès à une énergie abondante et stable, car chaque génération de modèles consomme des quantités croissantes d’électricité. Le troisième est le talent humain, indispensable pour concevoir, ajuster et superviser les systèmes. Sans compute, pas de modèles. Sans énergie, pas de compute. Sans talent, pas de progrès. Or pour ces trois piliers, les États-Unis disposent aujourd’hui d’un avantage structurel massif.
Intelligence artificielle
Les États-Unis possèdent environ cinq fois plus de puissance de calcul que la Chine, en grande partie grâce à Taïwan où TSMC produit, avec des équipements américains, les puces les plus avancées du monde. Sans ces composants, la Chine ne peut pas entraîner des modèles comparables. L’avantage américain repose aussi sur l’énergie. Leur mix immense permet d’alimenter des centres de données, avec des coûts bien en dessous de la Chine ou de l’Europe. Les États-Unis disposent en outre de centrales à gaz sous-utilisées, mobilisables rapidement. La Chine, elle, reste limitée par la saturation locale de son réseau et une forte dépendance au charbon. Quant au talent, les chercheurs de pointe en intelligence artificielle se trouvent majoritairement aux États-Unis, où convergent les meilleurs profils formés en Europe, en Inde ou en Chine.
Les chefs de la tech US parlent d’une menace existentielle et affirment que toute régulation ferait perdre la course, tandis qu’ils déploient un lobbying massif. Cette rhétorique n’est pas sans nous rappeler la guerre froide, quand le complexe militaro-industriel amplifiait la puissance soviétique pour obtenir des budgets. Présenter l’IA comme vitale permet de capter des contrats publics tout en freinant les garde-fous démocratiques.
La confrontation oppose moins Washington à Pékin que les géants du secteur aux institutions démocratiques. En Californie, la loi ambitieuse SB 1047 a été enterrée sous leur pression, remplacée par la TFAIA (ndlr: Transparency in Frontier Artificial Intelligence Act), une version vidée qui ne change presque rien aux pratiques des entreprises. Pourtant, les risques sont réels. Les dirigeants eux-mêmes admettent qu’une IA en roue libre pourrait menacer la sécurité mondiale, Sam Altman évoquant même un risque d’extinction. Comment justifier alors une stratégie qui accélère une course tout en menaçant la démocratie?
La Suisse n’a pas besoin d’imiter la dérégulation US ni une rigidité asiatique. Elle peut choisir une voie technologique claire: investir dans le compute, sécuriser l’énergie, attirer les talents, tester les modèles de manière indépendante et exiger une transparence minimale. C’est ainsi qu’un pays ouvert et libéral peut encadrer l’IA sans l’étouffer, en renforçant à la fois la confiance et l’innovation.Et si la vraie menace de l’IA ne venait pas de «l’autre»?
L’invité:
Sundeep Waslekar est président du Strategic Foresight Group, un groupe de réflexion basé en Inde qui a collaboré avec 65 pays sur l'avenir du monde. Il est l'auteur de « Un monde sans guerre » (HarperCollins 2022) et d'autres ouvrages. Sundeep Waslekar est également membre du conseil consultatif du Centre pour la neutralité de Genève.
Avec lui, nous évoquons les dangers imminents qui pèsent sur la planète et la possibilité réelle d'une conflagration de grande ampleur. Waslekar identifie trois crises : éthique, politique et technologique. La révolution de l'IA est au premier plan de ces dangers, car elle est en train d'échapper au contrôle humain, ce qui pourrait avoir des conséquences dévastatrices en cas de conflit. Version complète de la conversation :https://www.youtube.com/watch?v=shM0ZYU4wMs
Lors de la conférence internationale de haut niveau « Neutrality from Different Perspectives: Between Tradition and Pragmatism », qui s’est tenue le 6 mai 2026 au World Trade Institute (Université de Berne), des diplomates, des représentants gouvernementaux et des chercheurs venus de toute l’Europe et d’ailleurs se sont réunis pour discuter de l’évolution de la neutralité dans un système international de plus en plus polarisé. L’événement a été organisé par le Geneva Center for Neutrality en collaboration avec l’Institute for Global Negotiation. Parmi les intervenants principaux et les panélistes figuraient le Dr Joachim Adler (Suisse), Gunther Barnet (Autriche), S.E. Shota Getsadze (Géorgie), le Dr Roberto Zamora (Costa Rica), le Dr Gergely Varga (Hongrie), ainsi que le professeur Nicolai Tveatcov de Moldova.
Lors du panel « Neutrality as Pragmatism and Strategy », le professeur Nicolai Tveatcov - politologue moldave et chercheur spécialisé en géopolitique, sécurité et identité nationale dans l’espace post-soviétique - a présenté une analyse approfondie de la signification de la neutralité pour la Moldavie dans l’environnement géopolitique actuel. En s’appuyant sur l’histoire constitutionnelle, l’opinion publique, la dynamique de sécurité régionale et les aspirations européennes de la Moldavie, il a soutenu que, pour la Moldavie, la neutralité n’est ni un signe de faiblesse ni d’indécision, mais plutôt un choix stratégique souverain visant à minimiser les risques, préserver la stabilité intérieure et maintenir l’autonomie stratégique. Ci-dessous, nous présentons les principales thèses de son intervention, publiées sur un site d’information moldave: https://noi.md/md/analitica/nicolai-tveatcov-neutralitatea-moldovei-o-alegere-in-favoarea-riscului-minim
« Il est bien connu qu’aujourd’hui, la Moldavie se trouve à un carrefour géopolitique, située entre l’European Union et une région touchée par une confrontation militaire en cours. Dans de telles conditions, la marge d’erreur en politique étrangère et en politique de sécurité est extrêmement limitée. C’est pourquoi la question suivante se pose aujourd’hui : comment la Moldavie peut-elle préserver la stabilité, la souveraineté et l’autonomie stratégique dans des conditions de pression extérieure croissante ? Ma réponse réside dans un concept souvent évoqué, mais parfois mal compris. Je parle de la neutralité constitutionnelle.
Pourquoi la neutralité de la Moldavie est-elle si peu connue ? Permettez-moi de commencer par un paradoxe. La neutralité de la Moldavie est clairement inscrite dans notre Constitution. Et pourtant, dans les discussions internationales, elle est souvent perçue de deux manières : soit comme non pertinente, soit comme imposée par des acteurs extérieurs, en particulier la Russie. Mais ces deux interprétations sont trompeuses, car la Moldavie a commencé à débattre de cette question dès 1990, en adoptant la Déclaration de souveraineté, dans laquelle notre pays a été déclaré pour la première fois “zone démilitarisée.” Je dois ici souligner que cela s’est produit avant même l’effondrement de l’URSS. En 1994, la Moldavie a inscrit la neutralité dans sa Constitution, bénéficiant d’un large soutien public dans un contexte de fragmentation territoriale après la phase militaire du conflit transnistrien. Cela nous oblige à insister sur le fait que ce statut constitutionnel n’a pas été imposé de l’extérieur, mais qu’il a constitué une décision souveraine claire du peuple moldave et de la classe politique de cette époque. Je tiens à souligner qu’il s’agissait d’une décision prise par un petit pays disposant d’un potentiel militaire limité et confronté à des problèmes territoriaux non résolus.
En réalité, la neutralité a été et demeure une stratégie de gestion des risques. Il existe une autre idée largement répandue, un autre paradoxe, selon lequel la neutralité serait en contradiction avec l’intégration européenne. Mais cela n’est pas confirmé par les données empiriques. La neutralité est une doctrine de sécurité, et non un choix civilisationnel. Elle n’empêche pas un pays de s’intégrer à l’Union européenne sur les plans économique, politique ou juridique. Nous avons des exemples clairs de cela en Europe. Ainsi, le problème réside davantage dans une mauvaise interprétation. Pendant de nombreuses années, selon de nombreux sondages d’opinion, entre 60 % et 70 % des citoyens moldaves ont soutenu le maintien de la neutralité, quel que soit le parti politique au pouvoir. Il est donc évident qu’il ne s’agissait pas d’une fluctuation temporaire soutenue par une majorité. Cela reflète toujours un consensus public plus large en Moldavie. De plus, nous pouvons dire que cela fonctionne comme une sorte de contrat social entre le peuple et les autorités concernant la sécurité ainsi que la place du pays en Europe et dans le monde. Ignorer ce consensus intensifierait les divisions internes, et dans les conditions régionales actuelles, ce serait une erreur grave qui pourrait compromettre, voire mettre en danger, la voie européenne de la Moldavie.
C’est pourquoi les autorités actuelles se posent une question clé : dans quelle mesure la neutralité protège-t-elle la Moldavie ? Pour répondre à cette question, nous devons être réalistes quant aux menaces auxquelles la Moldavie est réellement confrontée. À l’heure actuelle, la Moldavie n’est pas confrontée à un scénario d’invasion immédiate avec des armes conventionnelles. Mais il convient de noter que les autorités moldaves actuelles ne comprennent pas la neutralité comme un non-alignement passif. Elle est de plus en plus présentée comme une résistance active à la Russie, ce qui inclut le conflit non résolu en Transnistrie, la pression géopolitique extérieure, la vulnérabilité énergétique et la “guerre” informationnelle.
Pour la Moldavie, la neutralité offre une flexibilité diplomatique, permet de maintenir des formats de dialogue et évite de présenter le conflit dans des termes purement géopolitiques. Ainsi, la neutralité ne résout pas le problème transnistrien, mais elle aide à prévenir une détérioration de la situation. Oui, la République de Moldavie n’est pas isolée de la coopération internationale. Par exemple, Antony Blinken, lors de sa visite à Chisinau en mars 2022, a souligné que les États-Unis soutiennent la neutralité, la souveraineté et la résilience de la Moldavie, notamment à travers “une assistance non létale, le développement institutionnel et la coopération énergétique.” Cela est important, car dans de telles conditions, la neutralité ne fonctionne pas comme un bouclier militaire traditionnel. Elle fonctionne comme un mécanisme de stabilisation, avant tout en relation avec le facteur transnistrien. Que veux-je dire par là ? Depuis plus de 30 ans, environ 1 500 militaires russes sont stationnés dans la région transnistrienne, ainsi que d’importants stocks de munitions. Cela crée une barrière structurelle pour les capacités de la Moldavie. Dans une telle situation, la neutralité joue un rôle très important - elle contribue à réduire le risque d’escalade. C’est pourquoi un changement rapide de la position sécuritaire de la Moldavie pourrait provoquer des actions déstabilisatrices - politiques, économiques, voire des incidents de sécurité locaux.
Le problème réside également ailleurs : dans la transparence. Les dépenses de défense en Moldavie ont doublé ces dernières années - passant approximativement de 0,4 % du PIB à 0,8 %. Selon les standards européens, cela reste un indicateur modeste, mais cela reflète une prise de conscience croissante des risques sécuritaires. Au niveau politique, nous observons également que le parti au pouvoir laisse envisager une réévaluation de la neutralité, ce qui crée de nouveaux problèmes, car si la coopération militaire devient trop étroitement liée à l’alignement, cela peut affaiblir la confiance du public tant à l’intérieur du pays qu’au-delà de ses frontières. Ainsi, il est évident que la neutralité peut jouer un rôle stabilisateur… ou devenir une vulnérabilité. La neutralité est stabilisatrice lorsqu’elle est clairement communiquée, soutenue par la société et appliquée de manière cohérente. Et elle devient vulnérable lorsqu’elle est ambiguë, interprétée de manière sélective ou utilisée à des fins politiques étroites.
En d’autres termes, le véritable risque ne réside pas dans la neutralité elle-même, mais dans le manque de transparence, car cela soulève la question de savoir si la Moldavie pourrait abandonner la neutralité. Cela conduit à une autre question importante : la Moldavie peut-elle être forcée d’abandonner la neutralité, et quel scénario pourrait être négatif dans ce cas ? Formellement, la Moldavie peut le faire. Mais les pressions extérieures peuvent s’intensifier, notamment dans le contexte de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. La Moldavie peut faire face à des pressions politiques indirectes, à des défis économiques ou à des défis sécuritaires. Cependant, abandonner la neutralité ne résoudra pas automatiquement ces problèmes.
Peut-être que la neutralité n’est pas idéale, mais pour la Moldavie, tout autre scénario est associé à des risques plus élevés. Premièrement, cela approfondirait très probablement les divisions internes, car la société moldave reste divisée dans ses préférences géopolitiques. Deuxièmement, cela pourrait accroître les tensions en Transnistrie, où tout changement dans l’orientation géopolitique de la Moldavie pourrait être perçu comme une menace directe. Troisièmement, cela pourrait exposer la Moldavie à une pression extérieure encore plus forte, sans lui fournir de garanties de sécurité suffisantes.
Conclusion : la neutralité est notre autonomie stratégique. La neutralité de la Moldavie doit être comprise comme un instrument politique visant à préserver la stabilité intérieure et des relations extérieures gérables. Le véritable défi consiste à concilier cela avec l’intégration européenne, le développement institutionnel et la prospérité économique. Cela exige un équilibre prudent et, avant tout, une politique fondée sur les intérêts nationaux. La neutralité est un choix façonné par la géographie et l’histoire de la Switzerland, de l’Austria, de Malta, de l’Ireland et de la Moldavie. La question essentielle est la suivante : la neutralité peut offrir une plus grande stabilité à un coût moindre. »
La neutralité de la Suisse constitue depuis longtemps une pierre angulaire de son identité. Reconnue en 1815, elle a été conçue pour un monde d’armées et de frontières. Mais aujourd’hui, le pouvoir circule à travers les câbles, les nuages informatiques et le code. Lors d’une table ronde organisée par L’Institut National Genevois en partenariat avec le Centre de Neutralité de Genève le 16 février, trois figures majeures de l’écosystème numérique suisse ont affronté une question pressante : que signifie la neutralité à l’ère de la cyberpuissance - et la Suisse peut-elle préserver son indépendance dans un monde numérique dominé par des plateformes étrangères?
Modérée par Raimondo Pictet, entrepreneur et responsable des initiatives numériques au Geneva Center for Neutrality, la discussion a réuni Boris Siegenthaler, cofondateur et directeur stratégique d’Infomaniak ; Marc Loebekken, responsable juridique chez Proton ; et Patrick Ghion, chef de la stratégie cyber à la Police genevoise.
La version vidéo intégrale de la conférence est disponible ici Table ronde : Suisse et Neutralité numérique, peut-on garder notre indépendance ?. Les citations ont été traduites et légèrement éditées pour plus de clarté.
La neutralité entre dans l’ère cyber
Raimondo Pictet a ouvert la soirée par un rappel historique. Les Conventions de La Haye de 1907 ont codifié le devoir central des États neutres : ne procurer aucun avantage militaire à une partie belligérante. Ce cadre a été conçu pour un monde de frontières physiques et d’armées en marche. Aujourd’hui, le cyberespace est reconnu dans les doctrines militaires comme le cinquième domaine opérationnel, aux côtés de la terre, de la mer, de l’air et de l’espace. Si le cyberespace est désormais un théâtre de conflit, que signifie pour un État le fait d’y demeurer neutre?
Les services cloud, l’accès aux données, les systèmes d’intelligence artificielle et les plateformes numériques façonnent désormais la résilience économique et la sécurité nationale. La tension centrale de la soirée est rapidement apparue : comment un État neutre peut-il rester indépendant lorsque ses systèmes critiques dépendent de technologies étrangères, de régimes juridiques étrangers et d’incitations commerciales étrangères ?
La discussion a rapidement dépassé l’idée simpliste selon laquelle la souveraineté se réduirait à l’existence de serveurs locaux. La neutralité numérique, ont suggéré les intervenants, exige au minimum quatre éléments : éviter une dépendance structurelle envers un seul bloc géopolitique ; garantir que les services essentiels continuent de fonctionner sous pression ; préserver le contrôle juridique suisse sur l’accès aux données ; protéger les citoyens contre une surveillance et un profilage disproportionnés.
La question n’est pas seulement de savoir où se trouvent les données — mais qui contrôle la pile technologique, les clés et les règles d’accès. Si les intervenants s’accordaient sur les enjeux, ils abordaient la souveraineté sous des angles différents.
Pour Boris Siegenthaler d’Infomaniak, la souveraineté commence par la compétence. « Héberger des données en Suisse ne suffit pas », a-t-il déclaré. « La souveraineté, c’est le savoir-faire. » Un véritable « cloud suisse », a-t-il soutenu, doit inclure des capacités d’ingénierie suisses et européennes. À défaut, la Suisse ne ferait qu’héberger une dépendance étrangère. Chaque franc dépensé en logiciels étrangers, a-t-il averti, exporte à la fois du capital et de l’expertise. À long terme, cela affaiblit l’écosystème national et accélère la fuite des talents. Selon lui, les marchés publics jouent un rôle décisif. Si l’État considère les logiciels uniquement comme un coût, la dépendance structurelle s’installe. Si la souveraineté devient un critère d’attribution, l’innovation nationale gagne l’espace nécessaire pour se développer.
Marc Loebekken de Proton a abordé la question sous l’angle des libertés civiles. Pour lui, la souveraineté numérique consiste à permettre aux individus d’utiliser des outils numériques essentiels sans devoir abandonner leurs données à des plateformes opaques ou à des architectures de surveillance de masse. « La Suisse était attractive en raison de la confiance », a-t-il expliqué — confiance dans les procédures juridiques et dans le principe de proportionnalité. Cette confiance, a-t-il mis en garde, ne doit pas être compromise.
Le «contrat de confiance» suisse sous tension
La révision proposée de l’ordonnance suisse sur la surveillance a suscité l’un des débats les plus sensibles de la soirée. Loebekken a tracé une distinction nette entre des enquêtes ciblées, autorisées par un juge, et la conservation généralisée des données. « Conserver une base minimale de données sur tout le monde “au cas où” », a-t-il soutenu, risque de violer le principe de proportionnalité et de miner la crédibilité de la Suisse en tant que juridiction respectueuse de la vie privée. Pour des entreprises fondées sur la confidentialité, de telles mesures pourraient nuire à leur réputation et éventuellement pousser l’innovation à s’établir à l’étranger.
Patrick Ghion, s’exprimant du point de vue des forces de l’ordre, a insisté sur la nécessité d’un équilibre. Les acteurs criminels adoptent les technologies qui maximisent leurs profits et minimisent les risques de détection. Le chiffrement, a-t-il noté, n’est pas en soi problématique : il protège les entreprises, les professionnels et les citoyens. En Suisse, les enquêtes s’effectuent sous autorisation judiciaire et dans un cadre légal précis. L’efficacité est importante, mais la légitimité l’est tout autant. Les institutions de sécurité, a souligné Ghion, doivent préserver la confiance du public. Cette confiance repose sur des limites claires et des mesures proportionnées.
Open source: non pas un label magique de sécurité, mais un outil de gouvernance
Concernant les technologies open source, un accord notable s’est dégagé. L’open source ne signifie pas automatiquement sécurité. Ce qu’il garantit, c’est la transparence. « C’est comme afficher la liste des ingrédients », a déclaré Loebekken. « La visibilité ne garantit pas la qualité, mais elle permet l’examen. »
Siegenthaler a apporté une nuance de praticien. Les grands écosystèmes open source, largement utilisés, peuvent être extrêmement robustes, car de nombreux acteurs les auditent et les améliorent en continu. Les petits projets, en revanche, peuvent être fragiles. La souveraineté, dans ce contexte, dépend moins des slogans que de l’investissement dans des personnes capables d’auditer, de maintenir et de sécuriser des technologies critiques.
Le point de pression international: e-Evidence et les «conflits de lois»
La conversation s’est également tournée vers l’extérieur. Loebekken a exprimé des préoccupations concernant le cadre e-Evidence de l’Union européenne, qui permet aux autorités d’un État membre de l’UE d’adresser des demandes contraignantes directement à des fournisseurs situés dans un autre État membre. Si de tels mécanismes étaient étendus aux entreprises suisses servant des utilisateurs de l’UE, des conflits juridiques pourraient surgir. Le droit suisse peut restreindre la conformité directe en dehors des canaux d’entraide judiciaire établis. Pour un pays neutre, cela pose un dilemme : préserver l’intégrité juridique nationale ou s’adapter à des systèmes externes afin d’éviter des frictions économiques.
Ghion a reconnu que la coopération transfrontalière repose déjà sur des mécanismes internationaux tels qu’Interpol et que son efficacité varie selon les juridictions. Même des cadres de souveraineté bien conçus, a-t-il suggéré, doivent composer avec les réalités géopolitiques.
IA: risque et opportunité
L’intelligence artificielle est apparue à la fois comme une menace et une opportunité. Du point de vue policier, Ghion a averti que l’IA accélère le phishing, la fraude et la production de contenus synthétiques. Les preuves numériques peuvent désormais être manipulées avec un réalisme sans précédent. Les forces de police, a-t-il indiqué, doivent développer des outils capables de détecter les médias falsifiés tout en veillant à la protection des données sensibles.
Pour Siegenthaler, l’IA offre également un levier industriel. Les petites entreprises peuvent multiplier leur productivité sans augmenter leurs effectifs en déployant des systèmes d’IA sur des infrastructures placées sous contrôle national.
Pour Loebekken, le risque à long terme réside dans une concentration structurelle. Si l’IA devient l’interface principale de l’information et de la prise de décision, la neutralité devra inclure des alternatives qui ne dépendent pas exclusivement de monopoles mondiaux opaques.
En conclusion, les intervenants ont convergé vers un message pragmatique : la neutralité n’est pas seulement un projet gouvernemental. Ghion a insisté sur la prévention et la littératie numérique. De nombreuses failles de sécurité résultent davantage de l’ingénierie sociale que d’une sophistication technique.
Siegenthaler a encouragé les citoyens à «consommer local» en matière de services numériques lorsque cela est possible, afin de renforcer l’écosystème national.
Loebekken a souligné l’importance des consultations publiques comme outil démocratique. Même des processus réglementaires hautement techniques permettent une participation individuelle. La neutralité, ont-ils suggéré, commence par la prise de conscience.
Un nouveau cadre pour la neutralité numérique
À la fin de la soirée, les deux piliers de la neutralité numérique étaient clairs : l’établissement d’une infrastructure numérique souveraine, garantissant que la Suisse puisse assurer ses fonctions numériques essentielles sans dépendance structurelle à l’égard de systèmes technologiques ou juridiques étrangers ; et la préservation de solides garanties en matière de protection de la vie privée, assurant une application proportionnée de la loi dans le respect de la procédure suisse, tout en protégeant les droits fondamentaux contre la surveillance de masse.
Atteindre ces objectifs ne sera pas sans coût. Cela exigera des investissements, une réforme des marchés publics, une clarté réglementaire et des capacités techniques. Mais cela pourrait aussi représenter une opportunité.
Dans un monde numérique façonné par la compétition géopolitique, la Suisse pourrait renforcer sa position de plateforme de confiance pour la communauté internationale en étendant sa neutralité au domaine numérique.
La question n’est plus de savoir si la neutralité numérique est importante. La question est de savoir si la Suisse est prête et disposée à la construire.
Le Centre de Genève pour la neutralité (GCN) a récemment organisé à Genève une rencontre réunissant Jean-Daniel Ruch, cofondateur du GCN, Alexander Sceberras Trigona, ancien ministre des Affaires étrangères de Malte et architecte central de la neutralité constitutionnelle maltaise, ainsi que Katy Cojuhari, cheffe de la coopération internationale au GCN.
Les échanges ont porté sur la neutralité contemporaine en général, sur les pratiques actuelles en Suisse et à Malte, ainsi que sur sa pertinence et son application dans d’autres pays dans un contexte de tensions mondiales croissantes. Les participants ont souligné l’augmentation corrélative de la valeur de la neutralité en tant que choix politique actif et constructif — un choix capable de contribuer de manière plus crédible à la diplomatie préventive, à la médiation et au règlement pacifique des différends.
La discussion s’est appuyée sur des réflexions récentes du Dr Trigona, notamment sa présentation au King’s College de Londres intitulée Active Neutrality: The Strategic Role of Neutral States in an Age of Conflict, prononcée aux côtés des ambassadeurs d’Irlande et d’Autriche. Il y a exposé les Perspectives de la neutralité Perspectives de la Neutralité, appelant à une collaboration renforcée entre les États neutres et avec des partenaires tels que le GCN — que ce soit dans le cadre d’un embryon de « Club des neutres » ou au moyen d’initiatives individuelles.
Parmi les propositions qu’il a mises en avant figuraient :
Renforcer l’engagement avec les Nations Unies.
Promouvoir une liaison de travail étroite et amicale entre les États neutres et les Nations Unies, y compris un soutien au Secrétaire général de l’ONU et aux services concernés, tels que le Département de la médiation, conformément au chapitre VI de la Charte des Nations Unies sur le règlement pacifique des différends et à la résolution 71/275 (2017) de l’Assemblée générale de l’ONU, qui encourage explicitement le rôle constructif des États neutres.
Établir un Indice annuel de la neutralité / Annuaire de la neutralité.
Publier un outil de suivi régulier et descriptif évaluant la performance des États formellement neutres et effectivement neutres, ainsi que la conduite des États tiers dans leurs relations avec eux. Cet indice documenterait le caractère dynamique des pressions externes — diplomatiques ou autres — auxquelles les États neutres sont régulièrement confrontés, ainsi que leurs propres réponses stratégiques, en tant que contribution tangible à la paix.
Actualiser le cadre de la neutralité de La Haye.
Lancer une revue académique et politique, initialement avec des spécialistes du droit et des relations internationales, afin de moderniser les dispositions relatives à la neutralité des Conventions de La Haye et des instruments connexes. Ce travail préparatoire ouvrirait la voie à une future Conférence de révision de La Haye mandatée par l’ONU et à l’adoption d’un « Protocole de neutralité de La Haye II ».
Ces réflexions faisaient également écho à la contribution académique antérieure du Dr Trigona à l’Université de Kyoto, où il a présenté une communication historique intitulée « Codifying Malta’s Neutrality » lors de la conférence “Reimagining Neutrality & its Research.”
Dans ce contexte, il a plus particulièrement recommandé de ramener le processus de mise à jour des Conventions de La Haye à Genève — en reliant institutionnellement ces efforts au Bureau des Nations Unies pour les affaires de désarmement et à la Conférence du désarmement — afin de revenir aux racines historiques du cadre de La Haye avec un engagement renouvelé en faveur de la paix. La réunion s’est conclue par une évaluation partagée selon laquelle l’année 2026 sera déterminante pour approfondir les travaux sur la neutralité.
Lors de la Conférence de Belgrade sur la sécurité, la table ronde « Enseignements de la neutralité suisse : instaurer la confiance et favoriser le dialogue dans les Balkans occidentaux » a exploré comment l’expérience suisse en matière de neutralité peut éclairer les efforts de consolidation de la paix et de réconciliation dans la région.
La longue tradition de neutralité de la Suisse a façonné son rôle mondial en matière de diplomatie, de médiation et de consolidation de la paix. Cette table ronde a examiné comment les principes fondamentaux de la neutralité suisse – crédibilité, discrétion et inclusivité – peuvent soutenir les efforts de réconciliation et de renforcement des institutions dans les Balkans occidentaux. Les participants ont discuté de la manière dont la neutralité, en tant que valeur et pratique opérationnelle, peut contribuer à instaurer la confiance, faciliter le dialogue et renforcer la résilience des sociétés divisées.
La session a également examiné la capacité d’adaptation du modèle suisse aux réalités politiques et sociales actuelles de la région. Parmi les questions clés abordées : Qu’est-ce qui fait de la neutralité suisse un modèle de consolidation de la paix crédible et durable ? Comment ses principes peuvent-ils être appliqués à la dynamique des Balkans occidentaux ? Quels enseignements tirés de la médiation et des « bons offices » de la Suisse peuvent soutenir le dialogue régional ? Quelles sont les limites de la neutralité dans des contextes de forte polarisation, et comment les gérer ? Comment une facilitation neutre peut-elle contribuer à rétablir la confiance et à renforcer la résilience institutionnelle dans toute la région ?
Jean-Daniel Ruch, ancien ambassadeur de Suisse en Serbie, a évoqué le modèle suisse de neutralité et ses fondements. Il a souligné que la neutralité ne se confond pas avec le non-alignement, mais résulte plutôt de circonstances historiques spécifiques auxquelles sont confrontés les pays situés entre les grandes puissances. Il a insisté sur l’importance de la reconnaissance de la neutralité par les autres et a rappelé que la Suisse avait eu la chance de voir la sienne reconnue il y a plus de 200 ans.
Tout au long de la discussion, M. Ruch a exploré comment la Serbie pourrait potentiellement intégrer des éléments du modèle suisse. Il a cité les manifestations étudiantes comme exemple de diplomatie directe en action. Il a également noté que la position de la Serbie, située entre quatre grandes puissances, pouvait constituer un atout stratégique, mais que cela exigeait de la flexibilité et un investissement conséquent. Une remarque qui a particulièrement retenu l’attention a été sa suggestion de tenir la prochaine rencontre Trump-Poutine au Sava Centar.
Alexandra Matas, directrice du Département du dialogue sur la sécurité internationale au Centre de politique de sécurité de Genève, a souligné que le monde polarisé d'aujourd'hui a un besoin urgent de médiateurs. Elle a insisté sur le fait que la neutralité n'est pas synonyme de passivité ; au contraire, une neutralité réussie exige un engagement proactif. Les pays neutres jouent un rôle de facilitateurs, maintiennent des communications informelles et font tout le nécessaire pour préserver le dialogue. Répondant aux questions du public, elle a mis en lumière la distinction entre médiation, négociation et facilitation du dialogue. Elle a également suscité le débat en suggérant que la Serbie pourrait potentiellement poursuivre simultanément la neutralité et l'adhésion à l'UE.
Nicolas Ramseier, président et cofondateur du Centre pour la neutralité de Genève, a abordé les conditions préalables à une neutralité réussie. Il a souligné l'importance de la stabilité intérieure, d'une solide réputation et d'une crédibilité historique. M. Ramseier a suggéré que la Serbie aurait davantage intérêt à être partenaire de l'UE plutôt que membre à part entière, décrivant cette approche comme une stratégie de diversification. Il a envisagé la Serbie comme une puissance diplomatique potentielle, dotée des outils nécessaires pour y parvenir si le gouvernement choisit cette voie. Concernant les dimensions éthiques de la neutralité, il a insisté sur la nécessité de critères cohérents et de privilégier les actions bénéfiques à l'ensemble de la communauté internationale.
La modératrice, Lejla Mazić, a conclu la session en soulignant que la neutralité est une nécessité sociale. Elle a affirmé qu'avec des ressources suffisantes, une réputation solide, une indépendance affirmée, une volonté politique forte et un soutien fondé sur les faits et l'histoire, la neutralité pourrait devenir une réalité viable dans les Balkans. https://belgradesecurityconference.org/swiss-neutrality-and-peacebuilding-in-the-balkans-lessons-for-regional-dialogue/
La diplomatie multi-vectorielle du Kazakhstan est ancrée dans son histoire, sa géographie et sa géopolitique. Enclavé, bordé par la Russie et la Chine, et bénéficiant d'une proximité stratégique avec l'UE, le Moyen-Orient et l'Asie du Sud, le pays entretient des relations équilibrées avec l'Est et l'Ouest, se développant dynamiquement et jouant un rôle crucial dans la stabilité régionale. Les réformes démocratiques et la diplomatie parlementaire sont des instruments efficaces que le gouvernement kazakh met activement en œuvre à cet égard.
En marge de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, le 30 septembre, à Strasbourg, un événement intitulé « La voie du Kazakhstan vers la prospérité : réformes démocratiques et unité grâce à la diplomatie parlementaire » a suscité un vif intérêt auprès de diplomates, de parlementaires et d'experts de groupes de réflexion. Les discussions ont mis en lumière les progrès du Kazakhstan en matière de réformes démocratiques, sa diplomatie multilatérale et son rôle unique de lien entre l'Asie et l'Europe.
S'exprimant lors de l'événement, Maulen Ashimbayev, président du Sénat de la République du Kazakhstan, a souligné l'engagement du pays à renforcer les institutions démocratiques et à élargir la coopération avec l'Europe : « L'Union européenne demeure le principal partenaire commercial et investisseur du Kazakhstan, représentant environ la moitié des investissements étrangers directs dans notre pays. Le Kazakhstan, quant à lui, figure parmi les trois premiers fournisseurs de pétrole du marché européen, plus de 70 % de ses exportations pétrolières étant destinées à l'Europe.»
M. Ashimbayev a souligné les réformes clés mises en œuvre dans le cadre du programme « Kazakhstan juste » du président Kassym-Jomart Tokaïev, notamment la limitation du nombre de mandats présidentiels à sept ans, un système de partis élargi et compétitif, et l'abaissement des seuils d'enregistrement des partis. Il a mis en avant les réformes en matière de droits humains, notamment l'abolition de la peine de mort, et les efforts du Kazakhstan pour favoriser le dialogue interculturel par l'intermédiaire du Congrès des dirigeants des religions mondiales et traditionnelles.
La position stratégique du Kazakhstan – à la frontière avec la Russie et la Chine, tout en maintenant des liens étroits avec l'UE, les États-Unis et ses partenaires du Moyen-Orient et d'Asie du Sud – conforte sa neutralité pragmatique. Le pays joue un rôle essentiel dans l'initiative « la Ceinture et la Route » grâce au « Corridor du Milieu », un axe de transport multimodal reliant la Chine à l'Europe tout en contournant les zones d'instabilité.
Les intervenants ont souligné l'approche équilibrée du Kazakhstan en matière de politique étrangère. Sa politique pragmatique et neutre positionne le Kazakhstan comme un lien essentiel entre l'Asie et l'Europe en matière de commerce, de sécurité et de diplomatie. Invitée à participer à l'événement, Katy Cojuhari, responsable du département de coopération internationale du Centre de neutralité de Genève, a souligné la synergie entre la diplomatie parlementaire du Kazakhstan et sa politique étrangère multidimensionnelle : « Le dialogue parlementaire permet aux pays d'établir une confiance mutuelle et d'échanger des expériences. Parallèlement, l'approche multilatérale d'Astana assure l'équilibre des intérêts et crée les conditions d'un dialogue ouvert entre les différents centres d'influence. Le Kazakhstan continue d'offrir des plateformes de dialogue et prend des initiatives en matière de consolidation de la paix et d'intégration régionale, ce qui renforce la stabilité en Eurasie et au-delà. »
https://www.vision-gt.eu/news/kazakhstan-as-a-key-connector-between-asia-and-europe/